111. Deux noms, un même cépage  jusqu’au début du 20e siècle

Aujourd’hui nous savons qu’un même cépage blanc a été mentionné dans le passé sous les deux noms Sacy et Tressallier. Longtemps, sans qu’on le soupçonne , cette seule variété a, en quelque sorte, mené deux existences séparées, sous deux noms distincts.

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Sacy en Bourgogne et aux alentours, Tressallier dans le Bourbonnais (puis dans l’Allier). Dans les deux endroits, les mentions sont rares et plaident pour un usage très localisé du plant, sans grande diffusion. Les mentions à peu près fiables les plus anciennes datent du 18e siècle aussi bien en Bourgogne que dans le Bourbonnais. Encore à l’aube du 20e siècle l’Ampelographie de Viala et Vermorel, dans laquelle tant de problèmes d’identité ont été résolus, présente les deux noms de façon totalement séparée sans que la moindre hypothèse soit avancée au sujet de l’identité biologique cachée par des noms vernaculaires. Au-delà du cas particulier de ce cépage, cela souligne la marge d’incertitude qui demeure sur les origines géographiques présumées des cépages anciens.

Selon le groupe d’ampélographes qui a publié en 1960 un article collectif sur la synonymie des cépages (Artozoul et al. à l’initiative de L. Levadoux), Adrien Blanchet fut le premier à se saisir et à résoudre le problème en 1902 et en 1905.

Aujourd’hui,  la biologie moléculaire a prouvé que Sacy et Tressallier sont un seul et même cépage issu du croisement du Pinot et du Gouais comme bien d’autres variétés, en Bourgogne et ailleurs. Ce point est donc réglé, l’obstacle du mur des noms est tombé mais il reste une question car ce cépage ne peut avoir eu qu’un berceau ! Fut-il obtenu en Bourgogne ou dans le Bourbonnais ?

L’association Pinot-Gouais nous mène intuitivement vers la Bourgogne, où de nombreux cépages sont censés être  nés de ces deux parents : Chardonnay, Melon, Gamay, Aligoté, etc. Le Sacy trouverait sa place dans cette série. Il aurait ensuite descendu la Saône ou la Loire et trouvé une terre d’accueil dans le Bourbonnais. Ce schéma correspond à l’idée que nous nous faisons de la place initiale de la Bourgogne dans les encépagements de la moitié orientale de la Loire.

L’inverse peut-il être considéré ? Originaire du Bourbonnais et trouvant une terre d’accueil en Basse-Bourgogne ? Une documentation écrite tardive et éparse qui ne permet pas de connaître cette variété avant la fin du 18e siècle est un obstacle pour aller plus avant. Aujourd’hui le cépage est propre au vignoble de l’Allier, notamment celui de Saint-Pourçain, sans que l’on puisse avancer qu’il y soit attaché depuis le Moyen Age pour produire des vins blancs estimés. Par ailleurs, il est absent des sources entre Basse-Bourgogne et Bourbonnais, ce qui est un indice d’introduction volontaire plutôt que de propagation lente. Le site Pl@ntgrape, réputé pour son sérieux, le dit « autochtone de l’Allier » sous son nom officiel Sacy. Si tel était le cas, il aurait mieux valu le dénommer officiellement Tressallier… (une difficulté identique existe entre Romorantin et Dannery mais les noms une fois arrêtés doivent être maintenus, sous peine de retour à l’instabilité antérieure !).

Notons aussi que le nom de Farinier (et nombreuses variantes) semblait s’appliquer à ce même cépage au 19e siècle dans le Jura, mais à la différence de Tressallier, ce nom vernaculaire renvoyait explicitement à Sacy.

Tout ceci nous place devant ou dans le labyrinthe des noms anciens. Le nom de Sacy et aussi celui d’Essert, en usage en Basse-Bourgogne (auxerroise) renvoient à deux communes de l’Yonne qui, selon l’option choisie, pourraient être le berceau du cépage ou simplement les lieux de transit de plants importés du Bourbonnais. C’est déjà le cas pour le village de Chasselas (en Bourgogne) où transita le Fendant ou plant de Lausanne lorsqu’il fut introduit depuis l’arc alpin.

Ce qui est original ici est la longue double identité de la même variété sous deux noms (principaux) aux usages circonscrits. Chacun est identifié, aucun rapprochement effectué, y compris en collection. Ce sont deux noms vernaculaires au destin parallèle dont il reste délicat d’écrire une histoire simple et linéaire. Il est probable que de nombreuses situations similaires nous échappent parce que la variété concernée a disparu et que la confrontation du vivant à la documentation ancienne est impossible.

Métaphoriquement, il faudrait parler de labyrinthe ou de dédale des noms anciens pour exprimer la double idée pour qui s’y aventure, de la perte déroutante de l’orientation et de l’énigme insoluble de l’issue. Il serait, par souci de clarté, utile de regrouper les noms anciens sous un vocable qui en fasse une catégorie de la connaissance. Le vocable ampélonyme, nom de vigne en grec, général et flou, tombé en désuétude pourrait faire l’affaire. Il désignerait, par convention, les noms anciens multiples, antérieurs à la mise en place de la nomenclature qui a procédé à des choix parfois arbitraires comme on le voit ici, mais choix clairs et exclusifs.

111. Deux noms, un même cépage  jusqu’au début du 20e siècle

107. Gouay devient le morillon, vers 1400

Cette assertion est due au poète Eustache Deschamps et date des environs de 1400. Deschamps a occupé de nombreuses fonctions au service de la famille royale à la fin du 14e siècle. Champenois, il fut un connaisseur des vignobles septentrionaux bien informé et l’un des rares auteurs qui portèrent une attention soutenue aux plants qu’il nomma à maintes reprises dans son oeuvre poétique.

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107. Gouay devient le morillon, vers 1400

106. Folle Blanche

Les cépages, dits de troisième époque parce qu’ils mûrissent quelque trois à quatre semaines après le Chasselas qui sert de point de repère pour fixer les époques, viennent bien à maturité dans le Midi de la France. En revanche, ils sont peu utilisés en Loire pour la table ou pour la cuve car ils sont trop tardifs. La Folle Blanche fait partie de cette catégorie.

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106. Folle Blanche

105. Les aquarelles de Redouté 1806-1811

En parallèle à la constitution de la collection nationale de vignes du jardin du Luxembourg à Paris (dont il a souvent été question ici), fut engagée de 1806 à 1811, ainsi que l’explique Marc Médevielle dans le 1er chapitre de l’ouvrage, la réalisation d’une collection d’aquarelles, 83 au total, destinée représenter les variétés des vignes plantées. Longtemps oubliées, ces aquarelles viennent d’être sorties de leur réserve et publiées dans un très bel ouvrage collectif au prix raisonnable (42€) rapporté à la qualité du travail accompli et à la présentation du livre de plus de 250 pages sur très beau papier, en grand format et abondamment illustré.

Chaque variété est l’objet, dans la 2e partie de l’ouvrage,  d’une courte notice monographique de J.-M. Boursiquot, précise et argumentée pour ce qui est de l’identification du cultivar représenté. La liste commence par un dénommé Amadon qui résume a lui seul les difficultés auxquelles quiconque travaille sur les plants et raisins anciens est souvent confronté. L’identification est impossible, le plant demeure une énigme. Il n’est pas le seul dans ce cas.

En revanche se trouvent, sous leur nom ligérien ou sous d’autres noms, un certain nombre de raisins anciens ou actuels en usage dans les vignobles de Loire :  

le Pinot noir présent à trois reprises comme variantes de pineau selon l’orthographe alors en usage (dont un par erreur),

le Cot présent aussi trois fois sous les noms de samoireau, de pied de perdrix et, par erreur, sous le nom fautif de prunelard, lequel fut un de ses deux parents avec la Magdeleine noire (ci-dessous),

le Meunier, toujours cultivé dans l’Orléanais et à Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire,

le Chardonnay sous le nom ancien de Pineau blanc, car on confondait souvent les deux variétés, surtout hors de la Bourgogne,

le Chauchet gris (qu’on connaissait surtout dans sa version noire dans le Poitou), qui fut le nom local du Trousseau du Jura dans le Centre-Ouest,

le Fié gris, variété grise du Sauvignon,

le Croc, noir énigmatique souvent évoqué en Mayenne, peut-être à rapprocher de la Magdeleine noire des Charentes récemment retrouvée et nommée,

le Gamay, à l’époque rare dans la Loire en aval de l’Orléanais,

le Gascon probablement, sous le nom Morillon, qui se trouvait dans le Val de Loire (Orléanais, Blésois) ; il a aujourd’hui presque disparu (Pl@ntgrape).

Ces quelques exemple soulignent les difficultés d’interprétation des textes anciens pré-ampélographiques quand il s’agit d’identifier un cépage derrière un nom de plant ou de raisin. Une belle leçon de méthode ! Le livre contient d’autres contributions que les deux évoquées ici ; sa lecture est hautement recommandable.

Référence
Les raisins de Pierre-Joseph Redouté, des aquarelles pour l’avenir de la vigne, par Bourgoing C. de, Boursiquot J.-M., Médevielle M., Slézec A.-M., et al., Paris, eds Paulsen, 2021.

105. Les aquarelles de Redouté 1806-1811

104. Cépage = Vinifera

L’hebdomadaire Le Point a récemment interrogé M. Laurent Terragrosa, biologiste, professeur à Montpellier SupAgro et directeur de l’Institut des hautes études de la vigne et du vin, au sujet des « cépages résistants ».

L. Terragrosa précise, en préambule dans sa réponse, que le terme cépage ne peut être utilisé que pour les variétés issues du croisement entre vitis vinifera. Le terme variété, lui plus générique, ne préjuge pas de l’origine des parents. Il ajoute que, les vignes résistantes étant obtenues par croisements entre vinifera et espèces asiatiques ou américaines, elles doivent être dénommées variétés et non cépages.

Cette explication qui, une nouvelle fois n’est pas un avis mais l’expression de faits établis,  rejoint en tout point celle de Jean-Michel Boursiquot, rapportée et commentée supra (cf. n° 100 et 101).

Tout le monde gagnera(it) à une expression claire, sans ambiguïtés.

Sourcehttps://www.lepoint.fr/vin/les-oenologues-font-le-point-c-est-quoi-un-cepage-resistant-25-10-2021-2449172_581.php

104. Cépage = Vinifera