97. Du nouveau dans l’étymologie du nom Auxerrois au 16e siècle

Il s’agit ici de l’Auxerrois noir du Quercy, le Cot ou Malbec de la nomenclature officielle actuelle.

L’origine de ce nom est ambiguë. La source la plus ancienne connue du nom Auxerrois est le Discours sur le Vin de François Roaldès, un juriste de l’université de Cahors mort en 1589 dont le travail n’est pas daté avec précision car demeuré longtemps inédit. Roaldès donne alors une explication qui relève de l’étymologie superficielle : auxerrois parce que le plant viendrait d’Auxerre, en Bourgogne. Bien des observateurs sont demeurés réticents à adopter cette explication au cours du temps. On sait aujourd’hui que le Cot est un cépage du sud-ouest issu du croisement de la Madelaine Noire des Charentes et du Prunelard. La vaste propagation du Cot s’est accompagnée de nombreux noms locaux dont Auxerrois (souvent Oxerrois) n’a pas fait partie. Dans le sud-ouest, Cotte rouge (Cote, Coste) et Pied de Perdrix furent les noms les plus largement répandus, suivis de noms plus vernaculaires, comme Noir de Pressac ou Gourdoux.  Dans la Loire, Caux, Cors furent majoritaites et Samoireau le fut dans les vignobles plus septentrionaux. Il faut aussi rappeler qu’un Auxerrois blanc  existait dans le nord-est de la France, notamment en Alsace de nos jours (voir Pl@ntgrape).

En 2001, Guy Lavignac, ampélographe spécialiste du sud-ouest de la France, écrivait que Auserrès en langue d’oc  pouvait être à l’origine d’Auxerrois en langue française et que cet Ausserrès pouvait renvoyer à un vignoble proche de Cahors. Je me suis fait l’écho à plusieurs reprises de cette explication qui présentait une hypothèse séduisante, car rationnelle et fondée sur un mode de désignation bien attesté ailleurs. La proposition de G. Lavignac souffre d’un  défaut important : la forme autserrès est absente des sources écrites que nous avons consultées récemment ; notamment de l’enquête de Dupré de Saint-Maur où l’on trouve auxerrois et oxerrois à plusieurs reprises.

Il y a du nouveau en la matière. Vient de paraître un ouvrage très instructif sous la direction de Patrice Foissac, Pascal Griset et Léonard Laborie Vins de Cahors et du Quercy. Léonard Laborie, lorsque nous préparions la manifestation Renaissance du Côt à Amboise en 2019, avait largement contribué à me convaincre qu’autserrès n’était pas la solution au problème sémantique d’Auxerrois.

Dans l’ouvrage cité, Patrice Foissac étudie l’étymologie d’Auxerrois et, au terme d’une analyse qu’il faut lire en détail, conclut que le nom trouve sa source dans le latin austerus : sombre, foncé / âpre au goût / sévère…

Dans cette optique, je renvoie à l’article 52 de ce blog dans lequel je citais le Dictionaire Francoislatin dans l’édition de  Jean Thierry de 1564. A l’article Samoireau, nom de l’Auxerrois dans les vignobles septentrionaux, Jean Thierry donnait cette définition : Samoireau, espece de gros raisin fort noir, faisant vin aspre & rude

Les premiers dictionnaires bilingues avaient pour objet d’aider les savants à exprimer dans la langue universelle qu’était le latin des notions, des choses ou des faits dépourvus d’équivalents en latin classique. Ici la variété, connue sous un nom nouveau en langue française dans la France septentrionale, est décrite par les propriétés qui la distinguent.  Cette définition, contemporaine de la source apparente du cépage dans l’écrit – il est nécessairement plus ancien dans les vignes – étaye la proposition de Patrice Foissac en cumulant les principales significations d’auxerrois-austerus : couleur foncée du raisin,  âpreté et austérité du vin.
C’est un exemple des cas où le nom donné à un cépage anticipe le produit escompté.

Il y a aussi dans ce livre du nouveau dans l’explication de l’origine du nom Malbec proposée par L. Laborie… J’y reviendrai.

Références
– Guy Lavignac, Cépages du sud-ouest, Editions du Rouergue/Inra, 2001.
– Patrice Foissac, Pascal Griset et Léonard Laborie Vins de Cahors et du Quercy Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaiine, Pessac 2020.
– voir aussi les n° 22, 34, 82, 85 de ce blog
– Les noms Samoireau et Côt dans les vignobles du Val de Loire (16e -19e s.) – Recherches sur l’histoire des cépages de Loire, 4, 2016

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01362338

97. Du nouveau dans l’étymologie du nom Auxerrois au 16e siècle

96. Le Genouillet du Berry hier et aujourd’hui

Cépage noir, le Genouillet a été une variété  très répandue dans le Berry. Comme tous les cépages modestes, il est très mal documenté dans les sources anciennes mais divers écrits originaux du 18e et du 19e siècles le font apparaître comme l’un des cépages qui faisaient, selon la formulation alors courante,  le « fond des vignes » du Berry. Il est certainement plus ancien que le milieu du 18e siècle, sans que l’on puisse être plus précis.

La biologie moléculaire a récemment précisé son origine génétique. Les ampélographes ont en effet établi que le Genouillet N  a  eu pour parents le Gouais et le Tressot (Pl@ntGrape). Le lieu de l’obtention du Genouillet n’est pas connu. Il se rattache certes à la sphère bourguignonne mais peut très bien avoir été obtenu et développé dans le Berry où les cépages en provenance de Bourgogne étaient légion. Ce que j’ai  dit précedemment dans le n°92, à propos du Romorantin, s’applique en tous points au Genouillet.

J’ai lu récemment sur le site d’un producteur de Genouillet  dans le Cher que ce cépage pouvait être l’ancêtre du Gamay. J’ignore d’où provient cette allégation mais elle est fausse et infondée. Le Gamay a, lui, pour ascendants directs le Gouais et le Pinot (Pl@ntgrape). Genouillet et Gamay appartiennent donc à deux lignées distinctes de cépages « bourguignons » qui ne partagent qu’un seul ascendant. Ils n’ont, entre eux, aucun lien d’ascendance et de descendance. Le Genouillet peut avoir été obtenu dans un vignoble ligérien, ce qui n’est pas le cas du Gamay.

Les noms du Genouillet, dans la province ancienne de  Berry (départements actuels du Cher et de l’Indre) sont des variantes du nom retenu au 19e siècle : genoilleret, genoillet, genoyere, etc.  selon diverses graphies. Le cépage est présent à plusieurs reprises dans l’enquête de Dupré de Saint-Maur de 1783-84, dans les circonscriptions d’Issoudun et de Saint-Amand-Montrond. Il n’est pas attesté hors du Berry. Il est souvent cité au 19e siècle et a pratiquement disparu à la suite de la crise phylloxérique car il a fait partie de ces très nombreux cépages vernaculaires pour lesquels la recherche de porte-greffes adaptés n’a pas été conduite à terme à la fin du 19e siècle.

La culture du Genouillet a été rétablie grâce à la volonté opiniâtre de quelques vignerons du Cher et de l’Indre, tout particulièrement celle de Maryline et Jean-Jacuqes Smith et grâce à celle de personnalités du Berry. Le maire de Sainte-Lizaigne, Pascal Pauvrehomme,  poursuit depuis des années une action en faveur de la renaissance du vignoble d’Issoudun.  Le Genouillet, malgré tous ces efforts,  n’est pas aujourd’hui définitivement sorti d’affaire, avec ses quelques hectares plantés.

Voir à ce sujet la présentation faite aux Rencontres des cépages modestes en 2014 par Jacques Aubourg.
http://www.rencontres-des-cepages-modestes.com/documents/cepages_hist/k_Genouillet-Aubourg_2014.pdf
Voir aussi, André Deyrieux, Genouillet, commando résurrection, dans l’ouvrage collectif sous sa direction A la Rencontre des cépages modesteset oubliés, Eds. Dunod, 2016 et 2018 (2e éd.).

96. Le Genouillet du Berry hier et aujourd’hui

95. Massé doux à Esvres vers 1740

Les Archives départementales d’Indre-et-Loire conservent, sous la cote B44,  un document des environs de 1740 dans lequel est mentionnée une treille de Massé doux, à Esvres, en Indre-et-Loire.

Voici l’analyse du document par de C. de Grandmaison, dans l’ Inventaire sommaire  publié en 1878, tome 1, p.14 :
B44 (portefeuille, 1718-1740)
Baronnie de Véretz. Commission donnée par Jean Adriansin de Casant, bailli, à Françoise Angot, veuve de Jacques Rouillé bourgeois de Tours, pour découvrir les particuliers qui, par malice, avaient coupé ras de terres, sans les emporter, onze gros ceps d’une treille de Massé doux, chargée de fruits.
Cette treille est sans doute la vigne de la closerie du Roujoux (située entre Beauregard et le barrage actuel à aiguilles de Véretz) mentionnée dans l’acte E151. Communication de M. Michel Le Goff que je remercie.

Dans le texte, il n’est pas question de culture de la vigne mais d’une plainte à la suite d’un acte de malveillance. Le contexte est donc anecdotique. Néanmoins cet acte, qui fait état d’« une treille  composée de treize gros seps de Massé doux », sous cette graphie,  se révèle être à ce jour la plus ancienne mention connue du lignage orléanais sous son nom alors en usage en Touraine.

Ici la date ne peut être précisée car le document est partiellement tronqué. Il manque l’angle supérieur droit du premier folio où devait se trouver la date. La plaignante; Françoise Angot, était la veuve de Jacques Rouillé dit « le jeune », décédé  entre juillet 1734 et, au plus tard, mars 1739, ce qui donne un terminus post quem.  La présence de vignes au lieu-dit Roujou(x), mentionnée dans l’acte , se retrouve dans le plan cadastral napoléonien qui indique bien une parcelle de vigne à l’ouest de l’habitation nommée Roujou. Ces éléments extérieurs reconstitués par M. Michel Le Goff, que je remercie de leur communication, localisent la vigne et datent le document des environs de 1740.

Jusqu’ici, massé doux apparaissait sous la graphie macé doux dans l’enquête de Dupré de Saint-Maur en 1783-84, sans localisation. Le nom tourangeau est ensuite utilisé à de nombreuses reprises dans l’enquête préfectorale de 1808. Le cépage est alors presque exclusivement cultivé dans la moitié orientale du département, à l’est de Tours. Dans le Loir-et-Cher, limitrophe, il portait le nom de lignage.
Pour rappel, le nom lignage apparaît, dans les sources écrites, au 15e siècle dans l’Orléanais où il est d’un usage courant au 18e siècle. La culture de cette variété, sous ses deux noms, paraît couvrir la partie du Val qui s’étend entre Orléans et Tours. L’assise spatiale de ce cépage a diminué au cours du 19e siècle pour se limiter au Loir-et-Cher et à l’Indre-et-Loire. Il a disparu à la suite de la crise phylloxérique.

Cette découverte fortuite montre que par la collection de mentions éparses dans des documents originaux, nous remontons peu à peu le fil de l’existence de ces variétés modestes rarement mentionnées et presque jamais nommées. Les actes de justice sont précieux en ce que, même hors contexte viticole, ils ont pour particularité de présenter des énoncés détaillés et précis.

Il a très souvent été question de lignage et de massé doux ici :
Voir les n° 18, 19, 27, 32, 42, 67, 69, 71 et 72

95. Massé doux à Esvres vers 1740

94. Documents originaux de l’enquête de Dupré de Saint-Maur de 1783

A quelques-uns nous avons, il y a un peu plus d’un an, mis en ligne la transcription intégrale de l’enquête que diligenta Nicolas Dupré de Saint-Maur, intendant de Guyenne, pour, comme il l’écrivit, fixer la nomenclature de la vigne (voir art. 81).

Les pièces d’archives de cette enquête, conduite en deux temps, sont aujourd’hui  conservées à la bibliothèque municipale de Bordeaux, pour ce qui est de l’ancienne province de Guyenne (1784), et pour partie  aux archives départementales de la Gironde, pour ce qui concerne les autres provinces du royaume qui répondirent aux sollicitations de Dupré de Saint-Maur, l’année précédente. De nombreuses mentions de noms de cépages, plus de 5000, se trouvent dans ces archives.

Or, les pièces conservées aux Archives départementales de Gironde viennent d’être numérisées, ce qui donne à qui le souhaite un accès direct aux documents originaux. Chacun est donc désormais en mesure de confronter notre lecture à la pièce manuscrite qui lui correspond, ce qui est un précieux acquis. Parfois, en effet, la lecture des noms des cépages est sujette à caution …

La partie de l’enquête accessible concerne les envois, en 1783, par les généralités d’Aix, Auch, Montauban, Languedoc (en partie), La Rochelle, Paris (en partie), Metz (en partie), Soissons, Dijon, Bourges, Auvergne.

Trois dossiers intéressent directement les vignobles de Loire :
l’envoi de Bourges pour le Berry, celui de Riom pour l’Auvergne et bizarrement une note envoyée depuis La Rochelle pour l’Anjou qui se trouvait alors dans la généralité de Tours, absente de l’enquête.

L’accès à la source est aisé :
archives.gironde.fr
puis C 1349 dans l’onglet rechercher

Bonne lecture

l’enquête de 1782-84 a été mentionnée à plusieurs reprises auparavant,
cf. les n° 69, 79, 80, 81, 83

94. Documents originaux de l’enquête de Dupré de Saint-Maur de 1783

93. Auvernats, gois et pinaux à Trôo en 1556

Michel Garrault, chanoine de Trôo, dans la vallée du Loir (aujourd’hui en Loir-et-Cher) tenait un journal (1543-1598) dans lequel il relatait les faits notables. En 1556, la date très précoce des vendanges lui inspira la notation suivante :

« L’an 1556 au mois d’août on commença à vendanger les auvernats tout à main ; je vendangy mes gois le lendemain de nostre dame mi-oust et mes pinaux à la fin du dit mois. Il n’y avait plus à vendanger le 4 septembre. »

Trois variétés sont citées, les auvernats, les gois et les pinaux, vendangés dans cet ordre, au cours du mois d’août. Les auvernats dans la première quinzaine d’août, les gouas à partir du 16 août, les pinaux fin août et tout début septembre, avant le 5. 
Cette chronologie  livre un indice utile pour déterminer quel nom actuel de cépage se trouve derrière le nom ancien ; et surtout pour identifier auvernats = pinot (noir) et pinaux = chenin.

Auvernat est alors un nom de Pinot dans le vignoble orlénanais, nom très utilisé en aval ; à cette époque, auvernat désigne (toujours ?) un Pinor Noir. Les ampélographes ont établi que sa maturité est précoce (Pl@ntgrape).

Les deux autres plants sont en revanche de maturité dite tardive :
Gouas, donc Gouais, est un gros producteur (et un grand géniteur) de raisins blancs pour la cuve et la table, très répandu, notamment dans la Loire.
Dans ces circonstances, les Pinaux, vendangés les derniers, peuvent sans difficulté être vus comme étant le Chenin.

Ainsi les noms rapprochés des dates établissent à un degré de fiabilité rare pour le 16e siècle que le chanoine Michel Garrault cultivait le Pinot très probablement noir et le Chenin blanc pour des vins de qualité ; peut-être que le Gouais était destiné à la table mais il peut avoir été associé aux deux précédents.

Mes remerciements à M. Benoît Bouvet pour la communication de cette mention issue de la Chronique de Michel Garrault, dans le Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois.1878

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k433599d/f239.image
http://www.vendomois.fr/societeArcheologique/bibliotheque/index.php?css=nomargin&lvl=bulletin_display&id=17

93. Auvernats, gois et pinaux à Trôo en 1556

92. Génétique et lieu d’obtention

Je lisais récemment, dans un échange sur internet à propos du cépage Romorantin, que cette variété ne pouvait être que bourguignonne puisque ses deux parents, pinot et gouais, l’étaient.

Eh bien non !  Certes il a été établi récemment (Pl@ntGrape) que le cépage Romorantin B est issu du croisement d’une variante du Pinot Noir N, le Pinot Teinturier N, et du Gouais B, comme le sont des cépages bourguignons tels le Chardonnay B, l’Aligoté B, le Melon B, le Gamay N et d’autres mais …
pour antant, l’origine biologique n’entraîne pas mécaniquement l’origine géographique. Pinot Noir N et Gouais B ont été très largement diffusés et utilisés ensemble en France, pendant des siècles, au moins dans les vignobles septentrionaux. Une fois implantées et acclimatées dans des vignes, ces variétés ont fort bien pu se croiser spontanément, ou être croisées volontairement, puis le résultat fixé, dans n’importe quel vignoble où elles ont trouvé une terre d’accueil, c’est-à-dire un milieu favorable à leur développement.

Ainsi, sans que cela soit une preuve irréfutable, on ne trouve pas de trace substantielle du Romorantin B dans les vignobles de l’est et du nord-est, bourguignons, champenois ou autres, sous les noms anciens que sont dannery et framboise, selon les ampélographes du 19e siècle.

En revanche, on trouve quelques traces du nom  dannery dans le cours supérieur de la Loire au 18e siècle (Berry, Auvergne) et du nom framboise dans le cours central du fleuve, notamment l’Orléanais ; ce dernier,  framboise, en compagnie de l’auvernat teint et du gouais dès 1723, chez Jacques Boullay.

Proposer une obtention du Romorantin à une date inconnue mais antérieure à 1700  dans la Loire, peut-être dans  l’Orléanais très lié à la Bourgogne auxerroise, à partir de cépages introduits depuis la Bourgogne depuis plusieurs siècles, est une hypothèse de travail acceptable, en l’état des connaissances.
Origine biologique et origine géographique ne vont pas obligatoirement de pair. Les cépages sont de grands voyageurs.

voir aussi, car il a souvent été question de romorantin dans ces pages, les n°39, 38,33, 59, 46, 43

92. Génétique et lieu d’obtention

91. Le Berligou N, cépage breton

Une variété de Pinot Noir est connue en Bretagne sous ce nom.

La tradition fait remonter l’introduction de ce plant à la fin du Moyen Age, le duc de Bourgogne ayant fait don de ceps au duc de Bretagne. Il reste à fournir les preuves de ce don qui pourrait bien se révéler une origine légendaire comme il en existe beaucoup d’autres au long du « fleuve royal » qu’est la Loire.

Les premières mentions pratiques, elles aussi à vérifier, dateraient du 16e  siècle. Diverses pièces d’archives attesteraient la culture d’un plant de vigne nommé berligou. Au tout début du 19 siècle, lors de l’envoi de ceps de vignes locales à Paris pour la constitution de la collection du Luxembourg, il est bien fait mention dans la notice d’accompagnement des plants locaux cultivés dans le département de la Loire-Atlantique, d’une variété nommée berligou.

La parenté étroite du Berligou N avec le Pinot Noir N à été établie sans conteste par la biologie moléculaire en 2003 (J.-M. Boursiquot) selon berligou.association. Cette parenté est presque totale mais une faible différence génétique fait du Berligou N une variété autonome, un cépage à proprement parler.

La culture de ce plant devenu breton au fil du temps a été relancée il y a quelques années. Le nom berligou s’ajoute aux diverses dénominations qui rythment le cours de la Loire depuis le Moyen Age pour dénommer le pinot : auvernat, orléans, plant de beaune pour les plus anciens qui rendent plausible une introduction du berligou en Bretagne au 14e  ou au 15e  siècle, dans des conditions à préciser. Il clôt sur les rives océaniques le long périple du Pinot Noir N.

Le Berligou N vient d’être inscrit (2019) au catalogue des variétés autorisées en France.

Sources
Guy Saindrenan, La vigne et le vin en Bretagne, coop breizh, 2011
berligou.association.fr

91. Le Berligou N, cépage breton

90. Grolleau en Anjou et en Touraine depuis le 18e siècle

Aujourd’hui, il est connu sous les noms Grolleau Noir N et Grolleau Gris G. Il existe des mentions de grolleau blanc au 19e siècle, probablement liées à la couleur du vin plutôt qu’à celle des baies.
Grolleau (ou grosleau, groleau) pourrait dériver de grolle qui signifierait corneille et faire allusion à la couleur des baies.
Une graphie groslot a été utilisée à la fin du 19 siècle, au moment de ce que l’on appelle la reconstitution du vignoble, pendant la crise phylloxérique, car on planta beaucoup de ce cépage réputé rapporter gros.  Ces rendements excessifs ont d’ailleurs nui à la réputation du cépage.

Le Grolleau est sans doute une variété vernaculaire, obtenue dans le Val de Loire. Il est partagé par l’Anjou, surtout blanc aux sols calcaires, et la Touraine occidentale. Le grolleau est en effet absent des sources dans le Vendômois, le Blésois et la Sologne. Il a été fort présent à Amboise.

Dans l’histoire des variétés utilisées dans la Loire, il apparaît tardivement, à la fin du 18e  siècle, mais sa présence massive en Indre-et-Loire dans les enquêtes de terrain de 1808 attestent déjà une assise solide vers 1800. Ce cépage est très probablement plus ancien que la fin du 18e siècle, mais il n’est pas possible d’être plus précis. On est ici confrontés à une carence documentaire dont on ignore jusqu’à l’importance. Génétiquement, l’un de ses deux parents est le Gouais, gros géniteur, l’autre n’est pas identifié. Le flou règne, là aussi…

Le nom Grolleau de Cinq-Mars, en référence à la commune de l’ouest tourangeau, atteste sinon son origine dans les environs, au moins un centre de diffusion ou de rediffusion d’une intra-variété appréciée. Il existe aussi quelques références à un Grolleau de Vallères, commune située sur l’autre rive de la Loire, presque en vis-à-vis de celle de Cinq Mars.  Aujourd’hui le Grolleau tient une place importante de l’encépagement de Vallères (AOC Touraine) alors que la vigne a pratiquement disparu à Cinq Mars. De telles micro-variantes dans les noms sont à prendre en considération car elles sont susceptibles de correspondre à des obtentions locales qui reflètent la diversité génétique d’un cépage. La mutation grise est attestée en collection, très peu dans la vigne, quoique certains vignerons revendiquent encore la présence de ceps de Grolleau gris dans leur encépagement.
Comme il est rarement fait mention de Grolleau blanc, il semble que la couleur renvoie à celle du vin, issu de grolleau gris, voire rouge, traités en blanc plutôt qu’à une mutation blanche.
Aujourd’hui de nombreux vignerons en Anjou et en Touraine s’attachent à produire, non plus seulement des vins rosés, mais des vins rouges qui révèlent mieux les particularités du cépage.
Comme nombre de variétés locales, le Grolleau est connu sous ce seul nom.

Sources
voir les articles n° 6, 17, 18, 32, 42, 56 et 72 dans lesquels le Grolleau est mentionné
.

90. Grolleau en Anjou et en Touraine depuis le 18e siècle

89. Le Liverdun à Esvres (Indre-et-Loire) au 19e s.

Dans l’édition de 1874 (p.18-19) de son Ampélographie, Odart écrit « Parmi les exemples nombreux dont j’ai le choix (pour montrer qu’un cépage introduit dans un vignoble pouvait donner du meilleur vin que n’en donnaient les cépages du pays), je n’en citerai qu’un, celui du Liverdun, peu estimé vers la Moselle, d’où il nous est venu, qui se conduit dans mon vignoble de la manière la plus satisfaisante. »

Dans l’édition du Cours complet d’Agriculture sous la direction de Louis Vivien en 1839 (T.17b) une distinction avait été faite entre le cépage Liverdun de Moselle et celui de la Meurthe, nommé aussi Ericé, lequel diffère peu du pineau (lire Pinot noir) et fournit de très bons vins.

Les décennies du 19e siècle consacrées à l’élucidation des noms donnés aux cépages montrent de très nombreux exemples où l’identification d’une variété derrière un nom était très problématique. Très souvent un même nom désignait des cépages distincts d’un lieu à l’autre, souvent proches. Pour compliquer le tout, un même cépage pouvait porter des noms distincts au même moment d’un lieu à l’autre.

Il est délicat de tirer des conclusions des avis divergents souvent présentés comme une propriété intrinsèque de la variété alors que l’avis favorable ou défavorable reflète l’attente des uns et des autres et/ou le résultat de la conduite des plants, vers la qualité ou la quantité.

Il faut à la fois rendre hommage aux précurseurs de l’ampélographie des années 1830-1875 et manier leurs travaux avec circonspection tant la tâche qu’ils accomplissaient était immense.

89. Le Liverdun à Esvres (Indre-et-Loire) au 19e s.

88. Floreal, nouvelle variété de vigne interspécifique

Sous le titre Le floreal dans l’espace sensoriel des vins blancs du Val de Loire, le site Techniloire.com fait partdes avancées au sujet de cette nouvelle variété, dans un article publié 11 juin 2020.

Le site http://plantgrape.plantnet-project.org/fr/ note : La variété Floréal (hybride interspécifique) a été obtenue par l’INRA. Il s’agit d’un croisement interspécifique entre le Villaris et l’INRA 3159-2-12. Elle est officiellement inscrite au « Catalogue des variétés de vigne » depuis 2018.
Pour sa part le Villaris est issu d’un croisement interspécifique entre le sirius et le villard blanc obtenu en 1984 par Rudolf Eibach et Reinhard Topfer au Centre fédéral de recherches Geilweilerhof à Sielbeldingen (Allemagne) précise le site http://lescepages.free.fr/.
Un certain nombre de spécialistes souhaitent que de telles créations de variétés soient distinguées des cépages qui, à proprement parler, sont des croisement intraspécifiques de la seule variété de vigne vitis vinifera. Pour éviter la confusion.
Le changement climatique en cours et la nécessité de réduire l’usage de produits de synthèse dans la vigne sont les motifs de la création de ces variétés dites résistantes aux maladies.
Lorsqu’on lit que le profil aromatique du floreal est proche de celui du sauvignon et que, jusqu’à 30% d’assemblage,il ne modifie presque pas ce profil, on peut s’interroger sur ce que l’on boira demain, par exemple, sous l’appellation Touraine.

88. Floreal, nouvelle variété de vigne interspécifique