39. « quatre vingt milliers de complans de Beaune » à Romorantin en 1518

« aller à l’original de l’acte de 1518 ! » concluait l’article précédent. En voici l’extrait significatif …

Voici en effet le texte original de l’acte du 22 mars 1518 de François 1er (date corrigée, dite nouveau style, car jusqu’en 1563, l’année commençait à Pâques ; l’acte porte donc la date du 27 mars 1517).

« Tant pour l’achapt de la quantité de quatre vingt milliers de complans de Beaune par luy achapté par ordonnance et commandement verbal dudit seigneur et sallaire de vignerons qui l’ont cueilly, voicturiers tant par eaue que par terre et qui ont mené et conduict lesdits complans depuis laditte ville de Beaune jusques au port de Digoyns et dudit port jusques en la ville de Tours et dudit Tours jusques en la ville de Romorantin … Iceluy complan ledit seigneur a ordonné estre planté ?… »

Cette transcription est due à Luc Forlivesi, (conservateur général du patrimoine, domaine de Chambord). Elle est accessible, accompagnée d’une photographie du document,  à la p. 3 du dossier de presse intitulé La vigne de Chambord (s.d. juillet 2015).
http://www.chambord.org/wp-content/uploads/2015/07/Dossier-de-presse-La-vigne-de-Chambord.pdf

La syntaxe du texte de l’original me semble conforter la proposition avancée dans l’article précédent (n°38) par la formulation « pour l’achat de quatre vingt millers de complans de Beaune » … « et  pour avoir cueilli » … « et mené  lesdits complans depuis la ville de Beaune » etc.  Le premier « de Beaune » est superflu s’il ne s’agit pas de caractériser par leur nom les ceps expédiés depuis la ville de  Beaune.
De plus, dans la dernière phrase « Ce (Icelluy) complan » au singulier paraît signifier qu’il s’agit de 80 000 pieds d’un type de complant : le complant de Beaune.

L’éditeur du catalogue des actes, P. Marichal, lie les deux éléments de la fin du texte en ajoutant à la place de après Romorantin. Ainsi, on restitue : « dudit Tours jusques en la ville de Romorantin [où] Icelluy complan ledit seigneur a ordonné estre planté. »
L. Forlivesi ne restitue pas le mot de deux lettres (ou ?) qui précède Icelluy  dont le I est une lettre capitale. Ceci laisse planer un doute : une seule phrase terminée par une proposition  relative introduite par où, ou deux phases ?  Le texte est plus accompli si l’on ignore la capitale d’Icelluy.

Complan, comme son synonyme exact plan  (avec ou sans t final), avait, au 16e siècle,  le sens étroit de cep de vigne et aussi celui, plus large, de sorte ou d’espèce de vigne comme l’on disait alors. Complan, à mon avis,  revêt ici les deux sens.

Il faut donc bien voir derrière les « quatre vingt milliers de complans de Beaune » autant de ceps d’une sélection appréciée de ‘Pinot N’ réalisée à Beaune à une date inconnue. Ce sont ces plants-là que le roi voulait introduire à Romorantin.

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39. « quatre vingt milliers de complans de Beaune » à Romorantin en 1518

2 réflexions sur “39. « quatre vingt milliers de complans de Beaune » à Romorantin en 1518

  1. Tanguy PERRAULT dit :

    Superbe article, très éclairant et… scientifiquement correct (à défaut de politiquement) ! Quel plaisir de parcourir ce blog ! Eh bien mon cher Henri, il ne reste plus qu’à retrouver la trace du romorantin… avant que l’oenotourisme ne torde définitivement le texte original !

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