47. le « Breton » dans le Val de Loire, 1534

 Breton est le nom local de Cabernet Franc tout particulièrement en Anjou et en Touraine.

Rabelais livre la plus ancienne trace du nom en 1534
« 
Mais (dist Gargantua) voulez-vous payer un bussard de vin Breton … ? »
et
« … ce bon vin breton poinct ne croist en Bretaigne, mais en ce bon pays de Verron. »

Au début du 19e siècle les occurrences de ce nom sont très nombreuses, après un long silence. Elles le donnent comme synonyme local de bordelais ou de carmenet/carbenet (cabernet vient plus tard).
Pour les ampélographes, l’identité Breton – Cabernet Franc ne fait aucun doute.

En revanche la formation du nom demeure sujette à discussion.

– La première explication plaide pour un nom issu du lieu où les Angevins et les Tourangeaux allaient s’approvisionner en plants : quelque part dans un port breton, à moins que ce soit, comme me le suggérait il y a peu Louis Bordenave, au port de Capbreton.
Quoi qu’il en soit, l’étymologie serait fondée sur un nom lié au  mode d’appro-visionnement : chez les Bretons ou par l’intermédiaire des (marins) Bretons.

– la deuxième explication fait appel à un abbé du nom de Breton qui, de l’entourage du cardinal de Richelieu, aurait introduit des vignes (de Cabernet) en Anjou, à l’abbaye de Fontevraud et de là à celle de Saint-Nicolas de Bourgueil. Cette explication, rapportée par Odart trouve une caution supplémentaire dans sa reprise par l’Ampélographie de Viala et Vermorel (Tome 2, p. 285-86). Elle a vraisemblablement pour inventeur l’imaginatif Alfred Bouchard qui, s’efforçant  de promouvoir le Pineau d’Aunis, militait pour voir dans le breton de Rabelais, le Chenin noir et non le Cabernet Franc.
Pour ce qui est de l’abbé Breton lui-même, les recherches de Benoît Musset à son sujet sont restées vaines : il n’apparaît pas dans l’entourage du cardinal.

Ce récit, certainement légendaire, ne change rien à la connaissance que l’on peut avoir d’une introduction plus ancienne du Cabernet Franc dans la Loire. Cherchant à valoriser le cépage par l’intérêt que lui portait un grand personnage, par le rôle des moines (rappelons que Fontevraud était une abbaye de femmes), elle s’inscrit dans l’imaginaire du vin, tout particulièrement ligérien, où l’intérêt des rois, des grands de ce monde et des gens d’Eglise valorisait ce qu’ils avaient apprécié.

De façon plus  prosaïque,  un nom lié à la provenance des plants s’inscrit dans une lignée bien connue avec, en Loire, l’auvernat, le chasselas, le samoireau et bien d’autres. C’est une façon de nommer éprouvée …

 

Pour en savoir plus
À propos d’Alfred Bouchard et du Pineau d’Aunis

Rhcl 1 Le Pineau d’Aunis

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01081736v1

A propos du cardinal de Richelieu et de l’abbé Breton

Benoît Musset, Plant d’Anjou, pineau blanc, chenin … dans la revue électronique territoires du vin, n°7, Le Chenin ;  ici notes 69, 70, 71.

https://revuesshs.u-bourgogne.fr/territoiresduvin/sommaire.php?id=1921

 

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