57. Le plant d’Auny de Trescallan en 1755

Guy Saindrenan, dans son étude exhaustive de la vigne en Bretagne,  mentionne  une vigne d’aunis à Trescallan, devenu le port de La Turballe, dans le canton de Guérande.

Dans un bail à complant de 1755,  la baronne de Campzillon
« donne à Jean Daniel et à Christine Legal, gens de labour demeurant au village de Trescallan, savoir le labour et plant d’Auny d’une pièce de terre nommée la Vigne du château »

Dans un bail à complant, le propriétaire confie la culture d’une pièce de terre qui lui appartient à des locataires contre un loyer annuel  en nature, une partie de la récolte. Ici, la vigne est constituée de plants d’aunis.

A ma connaissance, cette mention de l’aunis est à ce jour la plus ancienne répertoriée.  Elle est antérieure à celles de la Touraine en 1808 et à celle de la collection  constituée au jardin du Luxembourg en 1809 et dont les ceps provenaient justement du département de la Basse-Loire.

L’aunis est devenu pinot d’aunis puis chenin noir à l’inititaive de P.-A. Odart en 1845-1854. Odart avait pour objectif de créer à tort une tribu de pinots de Loire qui serait le pendant de celle des pinots de Bourgogne, d’où l’orthographe pinot.
Dans les mentions les plus anciennes, le plant ou le cépage est connu sous les noms d’aunis, onys etc. Aujourd’hui il est redevenu pineau d’aunis, selon la façon ligérienne d’orthographier pineau, distincte du pinot bourguignon.

 

Références
Guy Saindrenan, La Vigne et le Vin en Bretagne, coop breizh 2011

A propos de pineau d’aunis et de chenin noir, voir les articles 4, 8, 32, 42, 51
Voir aussi
Le Pineau d’Aunis
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01081736v1

 

 

57. Le plant d’Auny de Trescallan en 1755

6 réflexions sur “57. Le plant d’Auny de Trescallan en 1755

  1. Christophe Josso dit :

    Bonjour,
    Je suis toujours intrigué par le cépage dit « L’Aunis » dans ma région de Guérande.
    Trescalan était à l’origine qu’une trêve de Guérande, qui devient paroisse (avec la trêve de Coispéan) en 1847, puis fait partie de La Turballe, devenue commune distincte de Guérande en 1865. En 1755, Trescalan n’était donc qu’un simple village de Guérande.
    Deux plants d’Aunis étaient cultivés à Guérande : un noir et un blanc. Dans le Traité de la vigne (éd. par l’auteur, 1850) de Th. Magouet, on trouve (page 286) : « le plan d’aunis noir et blanc, en usage à Guérande ». Le noir étant le Pineau d’Aunis (Chenin noir), le blanc peut être le « Blanc d’Aunis » synonyme du Chenin.
    Juste au nord de la presqu’île de Guérande se trouve la presqu’île de Rhuys : même climat, même marais salants (ce sont d’ailleurs des Guérandais qui créaient des marais salants dans la Pays Vannetais), même culture bretonne, même langue bretonne, et même viticulture. Avant l’implantation de la Folle-blanche comme à Guérande, on cultivait à Sarzeau un cépage non identifié jusqu’à présent dit « Breton » (qui ne peut pas être du Cabernet car s’était un cépage blanc), il semble bien que ce cépage soit aussi de « L’Aunis » blanc comme à Guérande.
    Dans Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics. – Enquête agricole – deuxième série. Enquêtes départementales – 3e circonscription. Morbihan.-Finistère.-Côtes-du-Nord.-Ille-et-Vilaine. (éd. à Paris, Impr. Impériale, 1867), on peut lire (page 331) : « Le canton de Sarzeau est le seul dans lequel la culture de la vigne mérite quelque attention. Il possédait, il y a dix ans, 400 hectares de vignes plantées avec un cépage connu sous le nom d’aunis. L’oidium a tout détruit. Depuis plusieurs années, on a replanté environ 150 hectares avec le plant connu sous le nom de folle-verte ou gros plant de Nantes. Cette culture réussi et a tendance à s’étendre. ». Ce cépage était plus tardif que la Folle-blanche qui l’a remplacée, il était aussi plus sensible à l’oidium, et moins productif, on peut donc penser au Chenin / Blanc-d’Aunis.
    Est-ce que le « Plant d’Auny de Trescallan » désigne vraiment le Pineau d’Aunis ?
    Cordialement,
    Christophe Josso

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  2. je réponds très tardivement à vos réflexions.
    Nous ne travaillons que sur des noms tels qu’ils sont rapportés en nous efforçant de relier des informations éparses issues de sources diverses dont les auteurs poursuivaient des fins souvent distinctes. Nous n’avons jamais accès à la matière elle-même. Depuis peu la biologie moléculaire crée des attaches sûres lorsque les parents d’un cépage sont identifiés.
    De plus, nombre des ampélonymes sont locaux. Il n’est donc pas exclu que plant d’auny -aunis ait un sens vernaculaire autre que le sens qui apparaît ailleurs. De mémoire Odart en 1845 ou 1854 dit avoir reçu des plants d’aunis de chez vous, de la Basse-Loire.
    Merci de vos réflexions qui ajoutent de l’incertitude …

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    1. Christophe Josso dit :

      Bonjour,
      Autre chose d’intrigant concernant l’Aunis dans le Pays de Guérande.
      Parmi mes informateurs, il y a un ancien qui habite près de Trescalan sur la commune de Piriac, il est particulièrement intéressant, car outre le fait qu’il soit un des derniers vignerons amateurs traditionnels dans la région, c’est un passionné et il connait beaucoup de choses sur la viticulture locale. C’est lui qui m’avait dit que « Loni » comme il me l’avait orthographié était – d’après lui – un cépage blanc, les seuls rouges connus de nos jours dans la région sont des hybrides, il en a une belle collection. C’est la deuxième année qu’il ne peut plus s’occuper de son vignoble pour des raisons de santé.
      Il taillait ses vignes d’une façon très particulière, la « boule à zéro » comme il dit, la méthode traditionnelle dans la région à ses dires. Auparavant, je ne connaissais pour la région du sud Bretagne de Guérande à Sarzeau que la taille en gobelet bas pour éviter la prise au vent et profiter de la chaleur du sol. Il s’agit de la taille en « tête de saule » ou « tête d’osier », avec une tête en forme de « boule » au raz du sol, une méthode dont on ne parle plus dans les manuels de viticulture (Je dois prendre des photos avant qu’il ne soit trop tard). Sans palissage, cette méthode exige un cépage ayant un port dressé, afin que les sarments et les grappes ne traînent pas sur le sol (c’est le cas du Chenin). D’après la littérature du XIXe siècle, cette taille n’était pratiquée que dans le Gâtinais et dans l’Aunis. Il y avait beaucoup de relations (et de concurrence) entre la Bretagne et La Rochelle, le Gros-plant, la Magdeleine noire des Charente sont arrivés en Bretagne par le sud (le Chenin a été cultivé en Poitou / Charentes), il y avait aussi des relations importantes par la Loire où l’on cultive le Chenin et le Pineau d’Aunis.
      Nous avons donc un lien, dans le Pays de Guérande, entre un cépage « L’Aunis » (ou deux) et une méthode de taille pratiquée dans la région de l’Aunis.
      Cordialement,
      Christophe Josso

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  3. Christophe Josso dit :

    Bonjour,

    Je viens de trouver une autre citation que je vous transmets, qui conforte ce que j’ai entendu par des anciens sur la couleur du raisin de l’Aunis dans la région de Guérande :

    Dans la Revue de viticulture, publié sous la direction de Pierre Viala, on trouve (16e année – Tome XXXII, N° 824 du 30 septembre 1909 ; pages 370-375) un article de Ambroise Andouard (chimiste – professeurà l’Ecole de médecine et de pharmacie de Nantes) et Pierre Andouard ( Ingénieur agronome – Directeur de la station agronomique de la Loire-inférieure) sur « L’acide tartrique libre dans les vins de la Loire-Inférieure », on peut y lire (page 372) : « Nous avons entrepris tout d’abord cette recherche au point de vue seulement des deux cépages principaux de notre région : le Gros-Plant et le Muscadet… dans une mesure plus restreinte, aux cépages français… (page 374) Parmi ceux-ci, un des plus intéressants pour le département est celui qu’on nomme improprement le Pinot de la Loire et qui est, en réalité, le Chenin blanc, cité pour la première fois par Rabelais. Les raisins de ce cépage ont un défaut grave sous notre latitude : ils mûrissent tardivement, autrement dit assez rarement d’une manière complète. Mais, lorsque l’automne est chaud, ils acquièrent une saveur exquise et leur vin est le meilleur que nous produisions. Il est alors très corsé, très solide et doué d’une sérieuse longévité… Il en est de même de l’Aunis cépage d’origine incertaine, peut-être dérivé du Chenin blanc… Exclusivement cantonné dans la presqu’île guérandaise, l’Aunis est assez productif et son vin est supérieur à celui du Gros Plant. Malheureusement il est une proie facile pour l’Oïdium. Aussi sa zone de culture, graduellement diminuée, ne comprend-elle plus que les trois communes de Mesquer, Piriac et Guérande, où il est très apprécié. ». Personnellement, j’ai entendu un ancien de Limarzel en Assérac, commune voisine de Mesquer, m’en parler. La génération des parents des quatre personnes qui m’en ont parlé on donc dû connaitre l’Aunis. 

    J’avais trouvé une autre citation, je vous la transmets aussi :

    Dans « Guérande et les Guérandais pendant la période révolutionnaire » d’après Emmanuel de Boceret (in Bulletin de la Société archéologique de Nantes et du département de la Loire-inférieure, éd. [s.n.] à Nantes, 1893), on peut lire (page 205) : « Bacchus laissait couler à flots ses présents sur les terres plus accidentées du midi. De Beslon à Congor, de Congor à Clis, de Clis à Piriac, les coteaux se couvrent chaque été d’une verdoyante parure. Le cépage est venu d’Aunis, et, malgré la différence de climat et de terrain, la grappe est dorée et le vin a gardé tout le parfum, toute la couleur et toute la force qu’il eût acquis sous des cieux plus ensoleillés ; il devient exquis à vieillir ».  

    Je ne pense donc pas que l’Aunis de Trescalan soit du Pineau d’Aunis, je penche toujours pour le Chenin, une variété de Chenin car ce cépage est variable.

    Cordialement,
    Christophe Josso

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