96. Le Genouillet du Berry hier et aujourd’hui

Cépage noir, le Genouillet a été une variété  très répandue dans le Berry. Comme tous les cépages modestes, il est très mal documenté dans les sources anciennes mais divers écrits originaux du 18e et du 19e siècles le font apparaître comme l’un des cépages qui faisaient, selon la formulation alors courante,  le « fond des vignes » du Berry. Il est certainement plus ancien que le milieu du 18e siècle, sans que l’on puisse être plus précis.

La biologie moléculaire a récemment précisé son origine génétique. Les ampélographes ont en effet établi que le Genouillet N  a  eu pour parents le Gouais et le Tressot (Pl@ntGrape). Le lieu de l’obtention du Genouillet n’est pas connu. Il se rattache certes à la sphère bourguignonne mais peut très bien avoir été obtenu et développé dans le Berry où les cépages en provenance de Bourgogne étaient légion. Ce que j’ai  dit précedemment dans le n°92, à propos du Romorantin, s’applique en tous points au Genouillet.

J’ai lu récemment sur le site d’un producteur de Genouillet  dans le Cher que ce cépage pouvait être l’ancêtre du Gamay. J’ignore d’où provient cette allégation mais elle est fausse et infondée. Le Gamay a, lui, pour ascendants directs le Gouais et le Pinot (Pl@ntgrape). Genouillet et Gamay appartiennent donc à deux lignées distinctes de cépages « bourguignons » qui ne partagent qu’un seul ascendant. Ils n’ont, entre eux, aucun lien d’ascendance et de descendance. Le Genouillet peut avoir été obtenu dans un vignoble ligérien, ce qui n’est pas le cas du Gamay.

Les noms du Genouillet, dans la province ancienne de  Berry (départements actuels du Cher et de l’Indre) sont des variantes du nom retenu au 19e siècle : genoilleret, genoillet, genoyere, etc.  selon diverses graphies. Le cépage est présent à plusieurs reprises dans l’enquête de Dupré de Saint-Maur de 1783-84, dans les circonscriptions d’Issoudun et de Saint-Amand-Montrond. Il n’est pas attesté hors du Berry. Il est souvent cité au 19e siècle et a pratiquement disparu à la suite de la crise phylloxérique car il a fait partie de ces très nombreux cépages vernaculaires pour lesquels la recherche de porte-greffes adaptés n’a pas été conduite à terme à la fin du 19e siècle.

La culture du Genouillet a été rétablie grâce à la volonté opiniâtre de quelques vignerons du Cher et de l’Indre, tout particulièrement celle de Maryline et Jean-Jacuqes Smith et grâce à celle de personnalités du Berry. Le maire de Sainte-Lizaigne, Pascal Pauvrehomme,  poursuit depuis des années une action en faveur de la renaissance du vignoble d’Issoudun.  Le Genouillet, malgré tous ces efforts,  n’est pas aujourd’hui définitivement sorti d’affaire, avec ses quelques hectares plantés.

Voir à ce sujet la présentation faite aux Rencontres des cépages modestes en 2014 par Jacques Aubourg.
http://www.rencontres-des-cepages-modestes.com/documents/cepages_hist/k_Genouillet-Aubourg_2014.pdf
Voir aussi, André Deyrieux, Genouillet, commando résurrection, dans l’ouvrage collectif sous sa direction A la Rencontre des cépages modesteset oubliés, Eds. Dunod, 2016 et 2018 (2e éd.).

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