97. Du nouveau dans l’étymologie du nom Auxerrois au 16e siècle

Il s’agit ici de l’Auxerrois noir du Quercy, le Cot ou Malbec de la nomenclature officielle actuelle.

L’origine de ce nom est ambiguë. La source la plus ancienne connue du nom Auxerrois est le Discours sur le Vin de François Roaldès, un juriste de l’université de Cahors mort en 1589 dont le travail n’est pas daté avec précision car demeuré longtemps inédit. Roaldès donne alors une explication qui relève de l’étymologie superficielle : auxerrois parce que le plant viendrait d’Auxerre, en Bourgogne. Bien des observateurs sont demeurés réticents à adopter cette explication au cours du temps. On sait aujourd’hui que le Cot est un cépage du sud-ouest issu du croisement de la Madelaine Noire des Charentes et du Prunelard. La vaste propagation du Cot s’est accompagnée de nombreux noms locaux dont Auxerrois (souvent Oxerrois) n’a pas fait partie. Dans le sud-ouest, Cotte rouge (Cote, Coste) et Pied de Perdrix furent les noms les plus largement répandus, suivis de noms plus vernaculaires, comme Noir de Pressac ou Gourdoux.  Dans la Loire, Caux, Cors furent majoritaites et Samoireau le fut dans les vignobles plus septentrionaux. Il faut aussi rappeler qu’un Auxerrois blanc  existait dans le nord-est de la France, notamment en Alsace de nos jours (voir Pl@ntgrape).

En 2001, Guy Lavignac, ampélographe spécialiste du sud-ouest de la France, écrivait que Auserrès en langue d’oc  pouvait être à l’origine d’Auxerrois en langue française et que cet Ausserrès pouvait renvoyer à un vignoble proche de Cahors. Je me suis fait l’écho à plusieurs reprises de cette explication qui présentait une hypothèse séduisante, car rationnelle et fondée sur un mode de désignation bien attesté ailleurs. La proposition de G. Lavignac souffre d’un  défaut important : la forme autserrès est absente des sources écrites que nous avons consultées récemment ; notamment de l’enquête de Dupré de Saint-Maur où l’on trouve auxerrois et oxerrois à plusieurs reprises.

Il y a du nouveau en la matière. Vient de paraître un ouvrage très instructif sous la direction de Patrice Foissac, Pascal Griset et Léonard Laborie Vins de Cahors et du Quercy. Léonard Laborie, lorsque nous préparions la manifestation Renaissance du Côt à Amboise en 2019, avait largement contribué à me convaincre qu’autserrès n’était pas la solution au problème sémantique d’Auxerrois.

Dans l’ouvrage cité, Patrice Foissac étudie l’étymologie d’Auxerrois et, au terme d’une analyse qu’il faut lire en détail, conclut que le nom trouve sa source dans le latin austerus : sombre, foncé / âpre au goût / sévère…

Dans cette optique, je renvoie à l’article 52 de ce blog dans lequel je citais le Dictionaire Francoislatin dans l’édition de  Jean Thierry de 1564. A l’article Samoireau, nom de l’Auxerrois dans les vignobles septentrionaux, Jean Thierry donnait cette définition : Samoireau, espece de gros raisin fort noir, faisant vin aspre & rude

Les premiers dictionnaires bilingues avaient pour objet d’aider les savants à exprimer dans la langue universelle qu’était le latin des notions, des choses ou des faits dépourvus d’équivalents en latin classique. Ici la variété, connue sous un nom nouveau en langue française dans la France septentrionale, est décrite par les propriétés qui la distinguent.  Cette définition, contemporaine de la source apparente du cépage dans l’écrit – il est nécessairement plus ancien dans les vignes – étaye la proposition de Patrice Foissac en cumulant les principales significations d’auxerrois-austerus : couleur foncée du raisin,  âpreté et austérité du vin.
C’est un exemple des cas où le nom donné à un cépage anticipe le produit escompté.

Il y a aussi dans ce livre du nouveau dans l’explication de l’origine du nom Malbec proposée par L. Laborie… J’y reviendrai.

Références
– Guy Lavignac, Cépages du sud-ouest, Editions du Rouergue/Inra, 2001.
– Patrice Foissac, Pascal Griset et Léonard Laborie Vins de Cahors et du Quercy Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaiine, Pessac 2020.
– voir aussi les n° 22, 34, 82, 85 de ce blog
– Les noms Samoireau et Côt dans les vignobles du Val de Loire (16e -19e s.) – Recherches sur l’histoire des cépages de Loire, 4, 2016

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01362338

97. Du nouveau dans l’étymologie du nom Auxerrois au 16e siècle