102. La descendance du Gouais dans les vignobles ligériens

La réputation des raisins et celle des vins issus des vignes qui portaient ce nom étaient détestables, à de très rares exceptions près. Les raisins étaient le plus souvent blancs mais des gouais noirs sont aussi mentionnés, peut-être s’agissait-il de gamay. 

Le nom, sous de multiple variantes, est attesté depuis le 13e siècle, sans que l’on sache précisément ce qu’il désignait au départ. Sans preuve pour étayer l’hypothèse, j’ai acquis la conviction qu’au début, puis assez souvent et longtemps par la suite, gouais et ses variantes ont désigné diverses sortes de cépages productifs aux fruits insipides. Le nom a parallèlement été appliqué à un cépage particulier, celui que nous connaissons. Le même phénomène est observable en allemand avec le nom Heunisch qui désigne le Gouais dans la nomenclature.

Ce cépage a été très largement répandu das les vignobles de France. Des noms distincts  sont attestés dont certains résultent de confusions, entre autres (en France seule)  : pendrillard dans l’Aisne, enfariné dans l’est lombard dans l’Aube et l’Yonne, gouge(t) dans le centre-est, moreau dans la Nièvre, bouillaud dans le centre-ouest, guinlan dans le sud-ouest, sadoule bouvier dans les Landes et le Gers, mendic, gueuche, issal dans l’Aveyron, etc.

La connaissance du cépage que l’on cantonnait jusqu’à récemment à la France septentrionale et surtout au quart nord-est du pays, a été profondément bouleversée par les travaux conduits en biologie moléculaire. Il est apparu que le gouais avait été un puissant géniteur comme l’indique le titre de l’article de synthèse publié en 2004 par J.-M. Boursiquot, T. Lacombe, J. Bowers et C. Meredith sous le titre « Le Gouais, un cépage clé du patrimoine européen ».

Le Gouais est alors apparu être le parent de nombre de cépages

Dans les cépages utilisé dans la Loire

avec le Pinot Noir : l’Aligoté, le Chardonnay, le Melon, le Romorantin

avec le Tressot : le Genouillet

avec le Chenin : le Meslier Saint-Francois

En descendent aussi

l’Orbois, l’Abondance, le Grolleau, la Folle Blanche, le Pineau d’Aunis et probablement d’autres anciens cépages mal identifiés comme le pétoin et le chevrolin dans le Berry.

La date, voire la période historique, de naissance du cépage tardivement attesté sous le nom de Gouais reste à ce jour inconnue. Le rôle fondateur du cépage dans le patrimoine ampélographique invite à le classer parmi les cépages très anciens.

Source

J.-M. Boursiquot, T. Lacombe, J. Bowers et C. Meredith « Le Gouais, un cépage clé du patrimoine européen » Bulletin de l’OIV  875-876, 2004 : 5-18.

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