105. Les aquarelles de Redouté 1806-1811

En parallèle à la constitution de la collection nationale de vignes du jardin du Luxembourg à Paris (dont il a souvent été question ici), fut engagée de 1806 à 1811, ainsi que l’explique Marc Médevielle dans le 1er chapitre de l’ouvrage, la réalisation d’une collection d’aquarelles, 83 au total, destinée représenter les variétés des vignes plantées. Longtemps oubliées, ces aquarelles viennent d’être sorties de leur réserve et publiées dans un très bel ouvrage collectif au prix raisonnable (42€) rapporté à la qualité du travail accompli et à la présentation du livre de plus de 250 pages sur très beau papier, en grand format et abondamment illustré.

Chaque variété est l’objet, dans la 2e partie de l’ouvrage,  d’une courte notice monographique de J.-M. Boursiquot, précise et argumentée pour ce qui est de l’identification du cultivar représenté. La liste commence par un dénommé Amadon qui résume a lui seul les difficultés auxquelles quiconque travaille sur les plants et raisins anciens est souvent confronté. L’identification est impossible, le plant demeure une énigme. Il n’est pas le seul dans ce cas.

En revanche se trouvent, sous leur nom ligérien ou sous d’autres noms, un certain nombre de raisins anciens ou actuels en usage dans les vignobles de Loire :  

le Pinot noir présent à trois reprises comme variantes de pineau selon l’orthographe alors en usage (dont un par erreur),

le Cot présent aussi trois fois sous les noms de samoireau, de pied de perdrix et, par erreur, sous le nom fautif de prunelard, lequel fut un de ses deux parents avec la Magdeleine noire (ci-dessous),

le Meunier, toujours cultivé dans l’Orléanais et à Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire,

le Chardonnay sous le nom ancien de Pineau blanc, car on confondait souvent les deux variétés, surtout hors de la Bourgogne,

le Chauchet gris (qu’on connaissait surtout dans sa version noire dans le Poitou), qui fut le nom local du Trousseau du Jura dans le Centre-Ouest,

le Fié gris, variété grise du Sauvignon,

le Croc, noir énigmatique souvent évoqué en Mayenne, peut-être à rapprocher de la Magdeleine noire des Charentes récemment retrouvée et nommée,

le Gamay, à l’époque rare dans la Loire en aval de l’Orléanais,

le Gascon probablement, sous le nom Morillon, qui se trouvait dans le Val de Loire (Orléanais, Blésois) ; il a aujourd’hui presque disparu (Pl@ntgrape).

Ces quelques exemple soulignent les difficultés d’interprétation des textes anciens pré-ampélographiques quand il s’agit d’identifier un cépage derrière un nom de plant ou de raisin. Une belle leçon de méthode ! Le livre contient d’autres contributions que les deux évoquées ici ; sa lecture est hautement recommandable.

Référence
Les raisins de Pierre-Joseph Redouté, des aquarelles pour l’avenir de la vigne, par Bourgoing C. de, Boursiquot J.-M., Médevielle M., Slézec A.-M., et al., Paris, eds Paulsen, 2021.

105. Les aquarelles de Redouté 1806-1811

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