109. Pinet à Saint-Aignan en 1804

Le 24 ventose An 12 (15 mars 1804), le maire de Saint-Aignan adressa au préfet du Cher, pour la collection du Luxembourg en cours de constitution à Paris, « differens plants de vigne cultivés dans nos vignobles de la rive droite du Cher »

Le document, conservé aux Archives départementales du L&C sous la cote 7 M 1, est intitulé :

Etat des plants de vigne provenant du vignoble de Seigy près St. Aignan adressé par la mairie de St. Aignan a la préfecture de Loir et Cher pour faire passer au ministre de l’intérieur.

Parmi la dizaine de cépages blancs mentionnés se trouvent énumérés les noms suivants : « de l’auvernas blanc » « du Pinet blanc » et « du Vient d’Anjou blanc » qui posent un problème d’identification car, bien que ces noms soient présentés comme ceux de cépages, ils ne paraissent pas exclusifs (Voir n°108).

Examinons les trois noms :

Sous le nom « auvernas blanc », il est possible de  voir soit le Pinot Blanc soit le Chardonnay que l’on savait mal identifier à l’époque, surtout hors de la Bourgogne.

Le « Vient d’Anjou blanc » est un nom explicite au moins pour ce qui est de sa provenance. Il s’agit très probablement du plant que l’on dénommait alors le Plant d’Anjou dans la Loire amont, le Pineau en Anjou et en Touraine,  le Chenin aujourd’hui. Chenin était alors un nom vernaculaire seulement en usage dans le Saumurois, la Touraine angevine (l’ouest de l’Indre-et-Loire) et le Haut-Poitou.

le « Pinet blanc » est le nom le plus problématique. Il est presque impossible à identifier ici. En effet, le nom Pinet est attesté dans les vignobles de la Loire mais il est propre au Berry. On le rencontre dans les textes de façon épisodique depuis le 16e siècle. Il constitue une variante du nom  Pinot de Bourgogne ou du nom Pineau de Loire. Seul le contexte permet de trancher, ce qui n’est pas le cas ici puisque l’un des deux noms (Auvernas  ou Vient d’Anjou) peut revendiquer l’identité partagée.

Pinet désignait peut-être des plants introduits, ou réintroduits, depuis le Berry sous le nom qu’ils y portaient. Au début du 19e siècle, il est probable que le nom désignait un plant bourguignon (voir le n° 84) car l’essai d’introduction du Plant d’Anjou dans le Berry attesté au 16e siècle paraît avoir échoué,  mais ce n’est qu’une hypothèse. En effet, les noms peuvent se maintenir bien longtemps après que leur signification a été oubliée. Ils témoignent donc d’échanges qui sont souvent indatables.

Le Loir-et-Cher apparaît à de nombreuses reprises comme la zone de contact entre les deux parties de la Loire, l’occidentale tournée vers le sud-ouest, et l’orientale, tournée vers l’est. On y trouve donc  de nombreux emprunts occidentaux et orientaux, ce qui complique les choses !

Autre enseignement, il ne faut pas entendre ici le terme cépage comme nous l’entendons aujourd’hui, désignant une variété et une seule. Le nom créait, souvent à tort, l’espèce ou la variété comme on le disait alors. La présence simultanée du même cépage sous deux noms différents sans que leur identité soit établie est l’illustration de cet état de la connaissance vers 1800.

109. Pinet à Saint-Aignan en 1804

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