110. Retour du Lignage dans la vigne en 2022

Une étape importante vient d’être franchie en vue de la réintroduction du cépage nommé Lignage dans les vignes du Val de Loire

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En effet début avril 2022,  quelque 80 ceps sont été plantés au Clos Tue-Boeuf, près de Blois à l’initiative d’un vigneron, Jean-Marie Puzelat et des siens, avec le concours  de l’URGC ‘Union pour les Ressources génétiques du Centre-Val de Loire). Cette initiative rappelle celle engagée il y a des années par Marilyne et Jean-Jacques Smith,  déjà avec le soutien de l’URGC, en faveur du Genouillet, entreprise couronnée de succès, même si le dénouement n’est pas encore entièrement garanti (cf. article 96).

Si le Genouillet n’apparaît qu’au 18e siècle dans la documentation écrite, tout comme d’autres cépages réputés patrimoniaux ou rares, ou modestes, selon la terminologie actuelle, tels le grolleau ou le pineau d’Aunis, le nom lignage est mentionné dès de début du 15e siècle dans l’Orléanais qui est son vignoble d’origine apparent. C’est en tout cas le plus haut et le plus loin que nous puissions remonter le temps et l’espace. Le cépage peut être bien plus ancien car la documentation fait défaut avant la fin du Moyen Age.

Au début du 19e siècle, au moment où les enquêtes de terrain se multiplient, on le voit bien implanté dans le Loir-et-Cher et dans la moitié orientale de l’Indre-et-Loire, sous les noms respectifs de lignage et de massé doux. A en juger par l’usage des noms, l’axe Loire-Cher concentre la documentation récente (1750-1900) dont le Vendômois et la Vallée du Loir paraissent absents.

A cet égard, il est intéressant de noter que si seul le nom lignage est utilisé dans le Loir-et-Cher, on remarque une exception, à Montrichard où le cépage est nommé massé doux dans deux documents de 1804. L’explication vient de ce que Montrichard, en Touraine jusqu’à la création des départements, fut rattaché au Loir-et-Cher et non à l’Indre-et-Loire en 1790. Le nom vernaculaire s’y mantint au moins un certain temps.

On ne sait pas grand chose du lignage et de ses produits car les avis quant à sa qualité et sa productivité sont peu objectifs, soumis au point de vue de chaque auteur. Le cépage  a disparu trop tôt des vignes, peu après 1850 à en croire les documents écrits,  pour que des observations ampélographiques fiables, qui démarrent à ce moment,  aient pu être menées.

Dans les échos de ces derniers jours qui rapportent la réintroduction du cépage pour créer une vigne-mère (d’où des ceps certifiés pourront être obtenus dans un proche avenir pour être replantés dans les vignes)  près de Blois, l’association étroite du cépage à Blois, comme s’il en était assurément autochtone et exclusif est implicite ou revendiquée. Cette revendication est excessive car le cépage a probablement été répandu dans le grand vignoble orléanais et jusqu’à la Touraine au moins orientale avant d’être restreint à une aire étendue de l’est de Tours à l’est de Blois.
Les premiers apports tout récents de la génétique au sujet de l’ADN ancien de vignes invitent à la prudence en la matière car les propagations et concentrations des variétés au cours du temps paraissent avoir suivi des mouvements variés et contradictoires… Tel cépage qui termine sont histoire à tel endroit a pu être natif d’ailleurs et avoir couvert d’autres vignobles au cours des siècles.

Depuis la parution de l’article consacré au cépage « Lignage ou Macé doux dans le Val de Loire (1427-1900) » en 2019, quelques nouvelles mentions ont été découvertes et ajoutées à la chronique dont elles n’ont pas changé le contenu. Elles ont confirmé que lignage est le nom ancien, depuis le 15e siècle en amont de la Touraine et macé doux le nom tourangeau apparu au 18e siècle. Le nom lignage, rare mais attesté tardivement, vers 1800, en Anjou, semble indiquer que les plants n’y sont pas venus de la Touraine voisine mais du secteur amont (Blésois, Sologne, Orléanais) et que l’introduction n’a pas été suivie d’effet.

La relation de parenté biologique du Lignage avec le Tresseau n’infirme pas une origine orléanaise au sens large du vignoble médiéval et moderne étroitement lié à la Basse-Bourgogne.

En l’état des connaissances, limité aux six cents dernières années, il est admis que le Lignage, est un cépage du Val de Loire, probablement originaire de l’Orléanais, dont l’assise spatiale s’est déplacée vers l’aval et concentrée au fil du temps.

Voir les articles 67 et 95, et aussi 72, 71, 69, 42, 32, 27, 19, 18

H. Galinié, Lignage ou Macé doux dans le Val de Loire (1427-1900) – Recherches sur l’histoire des cépages de Loire 11, 2019
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01985637

110. Retour du Lignage dans la vigne en 2022

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