117. Gros et menus pineaux vers 1800

Chaque source écrite se rattache à un type de documents qui dispose de sa propre logique. Les travaux en cours dans le cadre de CepAtlas (université de Tours et ici article 113) le révèlent à propos d’enquêtes d’origine préfectorale du tout début du 19e siècle.

Bien que diligentées par les préfets sur demande ministérielle, les deux enquêtes de 1804 pour le Loir-et-Cher et celle de 1808 pour l’Indre-et-Loire ne forment pas un ensemble documentaire cohérent par les préoccupations qui y sont manifestées. Une des deux enquêtes du Loir-et-Cher était liée à la constitution de la collection des vignes du Luxembourg à Paris. Elle s’attachait à distinguer les différentes espèces de vignes, à les décrire, à les apprécier et à les nommer.

Les deux autres enquêtes, de 1804 (L&C) et1808 (I&L), étaient d’ordre économique. Elles s’inscrivaient dans de vastes enquêtes consacrées à l’agriculture, à l’industrie et au commerce. Elles étaient moins centrées sur les espèces de vignes considérées individuellement, plus sur les conditions de culture, les rendements et les produits finis. Les renseignements sollicités et les réponses obtenues n’étaient donc pas les mêmes dans des documents contemporains.

Un exemple est éloquent à cet égard, le traitement réservé à l’’Orbois’, le plus souvent sous le nom de menu pineau, plus rarement sous celui de verdet.
Il est présent dans les trois enquêtes (et ailleurs, de façon sporadique, dans le Val de Loire au même moment) mais l’enquête de 1808 fait apparaître dans le département de l’Indre-et-Loire, à de nombreuses reprises (une vingtaine fois), la formulation Gros et menu pineau (exceptionnellement chenin et verdet) association que l’on ne trouve exprimée que dans l’enquête similaire du Loir-et-Cher en 1804 à deux reprises, à Montrichard (anciennement en Touraine) et à Pontlevoy.

Replacée dans un cadree viticole et non naturaliste ou botanique, cette locution peut être entendue comme l’expression d’une pratique culturale particulière. Pour obtenir chaque année un vin « potable » comme on disait alors, quelles qu’aient été les conditions météorologiques et les soins apportés à la vigne dans un contexte de polyculture où les exigences de l’élevage laitier primaient, il était prudent d’associer gros et menu pineaux. Le premier apportait la structure, le second un peu de douceur au produit fini comme l’ecrivait Odart en 1830 : Les coteaux de Vouvray et de Rochecorbon, qui fournissent les meilleurs vins blancs de la Touraine, sont exclusivement plantés en gros et menu pineau, l’un à très-grosses et longues grappes de raisins serrés, oblongs ; l’autre à grappes courtes et à grains ronds. Le premier donne de la force au vin, l’autre de la douceur.

Cette pratique culturale est demeurée longtemps en usage puisque le domaine de la Méchinière (et probablement d’autres) cultive toujours de vieilles vignes de pineaux mêlés à Mareuil-sur-Cher. (www.domaine-mechiniere.com) De même, à Vouvray et à Azay-le-Rideau, d’anciens vignerons, quand on sollicitait leur mémoire, se rappelaient encore il y a peu que, dans leur jeunesse, avant la seconde guerre mondiale, il y avait souvent un peu de menu pineau dans les vignes, à côté du pineau.

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